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Les Z au travail : une génération portée par les mutations actuelles

Les Z au travail : une génération portée par les mutations actuelles

Les Z au travail : une génération portée par les mutations actuelles

La Gen Z n’est pas fondamentalement différente de ses aînées mais elle est portée par les transformations du monde actuel qui remettent en question le rapport au travail et les modes de management.

Après les baby boomers, après les X et les Y, les Z ! Ah, ces jeunes, de génération en génération, ils ne cessent de faire parler d’eux… Toujours de la même façon d’ailleurs. Jean Pralong le soulignait lors de la table ronde organisée par Monster France le 20 septembre 2018 sur le thème du rapport au travail de la génération Z. Professeur de gestion des ressources humaines à l’EM Normandie et directeur de recherche au Lab RH, il rappelait que « la jeunesse a toujours les mêmes caractéristiques, toujours. Elle est plus écolo, plus créative, plus indisciplinée, plus revendicatrice… ». Et de citer les travaux de Karl Mannheim, grand théoricien des générations, qui avait posé comme hypothèse que la société est construite pour se reproduire et qu’il faut qu’il y ait un défaut dans ce processus-là pour que les générations soient différentes. La différence entre elles est donc « plus un défaut rare, improbable du système qu’un mécanisme automatique », résumait Jean Pralong.

La génération Z sait faire des compromis pour trouver un emploi

Les Z suscitent donc la même curiosité que leurs aînés au même âge. Comme eux, ils sont étudiés de près, d’autant plus qu’ils représenteront 50% des effectifs en 2021. L’étude Monster/YouGov sur le rapport au travail de la Gen Z, réalisée en France, en Allemagne, en Angleterre et aux Pays Bas auprès de 5000 actifs de 18 à 24 ans et publiée en septembre, a ainsi révélé que 74% d’entre eux ont fait des compromis en acceptant leur emploi actuel. « Cela représente 8 points de plus que la moyenne des Français. Ces compromis concernent d’abord le salaire (30%), puis le secteur d’activité et la zone géographique (21% chacun) », commente Marie Hugo, responsable de l’engagement client chez Monster France. Bien que 72% des jeunes européens interrogés soient satisfaits de leur travail, 53% pensent en changer. Dans cette optique, 82% se disent confiants dans leurs compétences, contre 52% pour la génération Y.

Les Z sont peut-être plus proches des X que des Millennials

Pour autant, « cela ne sert à rien de les mettre dans des cases même si les entreprises continuent à se rassurer en pensant en termes de générations. Les Z sont confiants et inquiets, motivés et désabusés… », observe Benjamin Chaminade, conférencier franco-australien sur l’innovation, le management et la transformation. « Cet aspect-là, signe de vulnérabilités, est ce qui les distingue des Millennials. Et à bien des égards, ils prennent des traits des X, en les combinant de manière assez complexe », constate Daniel Casoinic, enseignant chercheur en RH à l’IGS et à la Bâle School of Business, auteur du dossier Les comportements des générations Y et Z à l’école et en entreprise. Les Z, hypnotisés par les écrans, « ont perdu un temps précieux pour tisser des relations humaines, ils ont besoin d’outils de développement personnel pour les aider à développer des social skills », ajoute-t-il.

Le seul critère de l’âge est insuffisant pour comprendre la Gen Z

D’autres critères que l’âge sont toutefois nécessaires pour cerner les Z, comme leur niveau de qualification, le type de formation, des critères géographique et sociaux-professionnels. Ainsi, quand l’étude Monster/YouGov révèle que le salaire est un levier de satisfaction au travail pour 46% des jeunes européens, une autre, menée dans les Hauts de France en 2017 par Élodie Gentina et Marie-Ève Delecluse, fondatrices de Make me RH, startup de conseil RH en ligne, relègue le salaire en dernière position et met l’esprit d’équipe en tête.

Le métier proposé par l’entreprise plus déterminant que le sociotype d’un jeune Z ?

Les Z nous disent de nous méfier des généralités. On pense que les discours de marque employeur autour du sens et des valeurs parlent surtout aux « enfants gâtés » du marché du travail (diplômés, CSP+, majoritairement franciliens) ? Que les jeunes moins favorisés ne font pas la fine bouche pour prendre un emploi ? Élodie de Boissieu, directrice de l’EIML Paris, et doctorante en Retail à l’université Paris-Est Créteil, observe le contraire : « Plus que le sociotype, c’est le métier que l’entreprise propose qui est déterminant. » Elle illustre son point avec les difficultés de recrutement de Louis Vuitton pour les fonctions vente. Aussi prestigieuse soit la marque, aussi attractifs soient les salaires (un conseiller clientèle (client advisor) Vuitton gagne autant qu’un chef de produit), la grande maison a un mal fou à recruter à ces postes — de quoi nous rappeler que nous sommes en France, pays où l’on ne fait pas une école de commerce pour être vendeur…

Les Z plus en quête de valeurs que de sécurité de l’emploi ?  

Ses difficultés de recrutement sont telles que Vuitton va jusqu’à Clichy-sous-Bois, banlieue enclavée du 9-3 d’où sont parties les émeutes de 2005, dans l’espoir de convaincre une jeunesse défavorisée de prendre ces postes, avec une formation maison à la clef. Pour les fidéliser, il faut leur prouver que les valeurs du groupe LVMH — à leurs yeux sans doute, un employeur venu d’une autre planète —, sont solides. « Ce sont des valeurs qui pour nous sont celles de cols blancs, environnementales notamment : chez Louis Vuitton, on n’utilise pas de fourrure par exemple. Ces jeunes reçoivent ce discours, bien plus important pour eux qu’un discours promettant des salaires mirobolants et la sécurité de l’emploi », précise Élodie de Boissieu.

La Gen Z, une génération en phase avec la société actuelle

Un chiffre interpelle dans l’étude Monster/YouGov : les Z, connus pour vouloir des horaires de travail flexibles et de l’équilibre vie pro/vie perso, ne sont que 8% à se projeter dans le freelancing. Il reflète la population active française qui, selon l’OCDE, est composée de 10,3% de freelance. Voilà le signe que la génération Z partage les aspirations et les craintes de la plupart des actifs. « Dans un monde complexe et perturbé, le CDI reste très protecteur, un Graal après lequel on court encore beaucoup », note Jean Pralong. Pas de rupture notable donc avec leurs prédécesseurs qui, avant eux, ont porté des sujets qui les préoccupent. L’équilibre de vie l’a ainsi été par les femmes X qui se sont remises à travailler en mode famille monoparentale. La différence est qu’elles n’avaient pas de porte-parole. Comme le pointe Marie-Ève Delecluse, « la Gen Z est portée par une société en pleine transformation alors que les X vivaient un bouleversement ».

L’entreprise entend ces nouvelles attentes, elle a compris que des modes de relation et de contrat social ne sont plus légitimes. Mais elle reste une entreprise. Comme le souligne Jean Pralong, « elle a donc tendance, en général, à reprendre d’une main la « coolness » qu’elle donne de l’autre, pour des raisons compréhensibles ».

Propos recueillis lors du Monster Talk dédié à la Génération Z dans le monde du travail qui s'est déroulé le 20 septembre 2018 en présence de Laïla Aderdour, chargée de recrutement chez Sia Partners, Élodie de Boissieu, directrice de l'EIML Paris, Daniel Casoinic, enseignant chercheur en RH à l’IGS et à la Bâle School of Business, Benjamin Chaminade, conférencier franco-australien sur l’innovation, le management et la transformation, Marie-Ève Delecluse, fondatrice de Make me RH, Isabelle Deprez, coach de managers et dirigeants, Cédric Mendès, responsable de la marque employeur chez Colas, Jean Pralong, professeur de gestion des ressources humaines à l’EM Normandie et directeur de recherche au Lab RH, et Marie Hugo, responsable de l’engagement client chez Monster France.

Sophie Girardeau