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La mobilité professionnelle, l’affaire de chacun et un enjeu de société

La mobilité professionnelle, l’affaire de chacun et un enjeu de société

La mobilité professionnelle, l’affaire de chacun et un enjeu de société

La mobilité professionnelle s’inscrit dans un tout, géographique et psychologique. La volonté de l’individu doit être soutenue non seulement par des dispositifs d’accompagnement, de formation, mais encore par des infrastructures qui la facilitent.

On a coutume de dire que les cadres sont mieux armés pour faire face au changement que les non-cadres. Les travaux de Caroline Arnoux-Nicolas, ingénieure d’études au CNAM et docteure en psychologie, ne révèlent pourtant pas de différence notable de perception de la mobilité entre ces populations. Il ressort toutefois des débats de la table ronde sur la mobilité professionnelle organisée par Monster le 12 avril 2018, que l’on attend de l’individu qu’il se prenne en main. Or, « échafauder des plans, se lancer dans une série de mobilités pour construire un portefeuille de compétences et développer son employabilité est plus adapté à des personnes ayant un certain niveau d'études et d’expérience – pour partir à l’étranger par exemple, il faut déjà avoir un certain bagage », observe-t-elle. Qu’en est-il alors des personnes moins qualifiées et expérimentées, qui seront les plus fragilisées par l’injonction à être mobile ? La mobilité professionnelle pose un énorme enjeu d’éducation au sens large, de l’enseignement initial à la formation continue.

L’individu a besoin de donner du sens à sa mobilité

Pour s’adapter aux transformations qui ne manqueront pas de se présenter à eux, les salariés ont besoin de développer non seulement des compétences, mais aussi du sens. La volonté de trouver un équilibre entre la vie personnelle et la vie professionnelle ressort des interviews menées par Caroline Arnoux-Nicolas auprès de plus de 800 personnes provenant d’horizons professionnels variés. « C’est aussi cela qui donne du sens à la personne et lui permet de se projeter dans une activité qui répond à ses valeurs fondamentales », note-t-elle. Au-delà d’une fiche de poste, qui ne donne que des informations succinctes, les personnes ont besoin d’être accompagnées et d’échanges directs avec leur manager et les RH pour oser la mobilité, ou pour voir dans un changement forcé une opportunité.

L’accompagnement de l’État et des entreprises existe

Quand la mobilité est subie, l’accompagnement existe, depuis longtemps — dans le cadre d’un PSE, l’employeur doit mettre en place des dispositifs pour reclasser les salariés ou accompagner leur recherche d’emploi ou la création d’entreprise. « Ce qui est compliqué, c’est l’individualisation de l’accompagnement, pourtant indispensable dans une société où le changement s’accélère », remarque Cédric Gérard, directeur marketing Europe du Sud et BELUX de Monster. D’autant que les personnes en mutation travaillent aussi dans des TPE/PME, pas seulement dans des groupes dotés de structures pour accompagner. L’entreprise doit communiquer sur les perspectives de mobilité qu’elle donne mais ne pas s’en tenir à des messages génériques. Tout individu a tendance à dire qu’il n’est pas suffisamment aidé, néanmoins, les enquêtes de climat social que mène l’Ifop révèlent un manque de dialogue avec les managers sur les perspectives de mobilités internes.

… mais les mentalités ne suivent pas

Les dispositifs mis en place peuvent échouer, du fait des mentalités, des peurs. Ainsi, dans l’Est de la France, seulement 4 à 5% de personnes bénéficiant de mobilités organisées en interne dans le cadre de PSE acceptent de bouger à 100 kilomètres près. Pour certaines, très attachées à leur réseau relationnel et familial, la mobilité n’est simplement pas envisageable. « Le système a déjà changé beaucoup de choses, en matière de formation notamment. La façon dont est présenté le CPF (ndlr : compte personnel de formation) incite chaque personne à réaliser que c’est entre ses mains, il y a une re-responsabilisation de l’individu », constate Mireille Garolla, associé gérant de Group’3C, et auteur du livre Changer de vie professionnelle, c’est possible en milieu de carrière (Eyrolles, février 2016). Aller vers plus de mobilité dépend donc de chacun, à savoir le salarié mais aussi l’employeur et la hiérarchie. Un manager peut-il accompagner son équipier vers cela ? Pas sûr… « N’oublions pas que quand il a un bon élément, il ne veut pas qu’il bouge, surtout pas ! », pointe Alain Mlanao, directeur général de Walters People France.

La mobilité, le privilège des optimistes ?

Hors de la mobilité professionnelle, point de salut peut-on penser à l’écoute de ceux qui la prônent. Les mêmes qui voient dans la mondialisation une chance. La mondialisation heureuse a le visage d’un CSP+ qui vit dans l’Ouest/Sud-ouest de la France, où l’Ifop a mesuré un plus grand optimisme vis-à-vis de la situation politique et économique du pays que dans le reste de l’Hexagone. Une autre population la subit. Elle vit à l’Est et voit dans la mondialisation plus de fermetures que de perspectives. « Pour une partie de la population, ne nions pas que les changements sont vécus avec une certaine crainte. On le voit dans le soutien, ou non, aux grèves. On n’est pas loin du 50/50, avec un clivage net en termes de diplômes, de régions ou de CSP. Ces conceptions très différentes de la mondialisation se retrouvent sur la mobilité », explique Romain Bendavid, directeur de l’expertise corporate et communication entreprise de l’Ifop.

La mobilité professionnelle n’est pas un concept hors-sol

La mobilité professionnelle n’est pas qu’une affaire d’état d’esprit, de volonté individuelle et de dispositifs d’accompagnement. « Elle s’inscrit dans un tout, géographique et psychologique, dans un cadre de vie », insiste Romain Bendavid. Elle demande des bassins d’emploi attractifs, non enclavés. Au chapitre des freins, il faut donc ajouter la décentralisation encore trop lente. Comme si la mobilité était un concept hors-sol pouvant se passer d’infrastructures fiables facilitant les déplacements et les communications, l’éloignement comme le rapprochement.

Propos recueillis lors de la neuvième édition du Monster Talk sur le thème de la mobilité professionnelle, qui s'est déroulée le 12 avril 2018 en présence de Caroline Arnoux-Nicolas, ingénieure d’étude au CNAM et docteure en psychologie, Romain Bendavid, directeur de l’expertise corporate et communication entreprise de l’Ifop, Mireille Garolla, associé gérant de Group’3C, Julie Machillot, fondatrice d’Apitalent, Alain Mlanao, directeur général de Walters People France, et Cédric Gérard, directeur marketing Europe du Sud et BELUX de Monster.

Sophie Girardeau