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Témoignage de Patrick Gillet, Directeur des Ressources Humaines des Compagnons du Devoir

Témoignage de Patrick Gillet, Directeur des Ressources Humaines des Compagnons du Devoir

Patrick Gillet, Directeur Ressources Humaines des Compagnons du Devoir

L’Association Ouvrière des Compagnons du Devoir et du Tour de France (AOCDTF) est l’un des trois mouvements clés du compagnonnage en France. Le compagnonnage empreint de légendes et de traditions est inscrit depuis 2010 au patrimoine culturel de l’Unesco et poursuit son but initial : accueillir, former des jeunes et transmettre son savoir-faire de manière unique. L’AOCDT se différencie des autres organismes de formation en intégrant en plus le voyage, dont un an obligatoire à l’étranger, dans cet apprentissage. Patrick Gillet est Directeur des Ressources Humaines des Compagnons du Devoir et nous explique les originalités de cet organisme hors du commun, aux rouages aussi complexes qu’une multinationale, qui forme 10 000 jeunes par an et qui nécessite pour cela des besoins et des profils spécifiques en termes de recrutement.
     
Les Compagnons du Devoir et du Tour de France est un organisme de  formation chargé d’histoire, pouvez-vous nous présenter sa mission actuelle et son fonctionnement ?
Patrick Gillet : Nous formons des jeunes à 30 métiers répartis en 6 filières. Historiquement,  ce sont les métiers du bâtiment qui sont majoritaires (charpentier, maçon, tailleur de pierre...), suivis de ceux de la métallurgie (forgeron, mécanicien, fondeur, carrossier...) puis d’aménagement (menuisier, ébéniste, peintre, carreleur....) ou encore la filière des matériaux souples (cordonnier, tapissier, maroquinier... ). Avec l’évolution du compagnonnage et des métiers, nous intégrons désormais aussi les métiers du vivant (jardinier, paysagiste...) et du goût (boulanger, pâtissier, vigneron et depuis 2017 charcutier).
     
Les jeunes suivent un enseignement général dispensé par des professeurs agréés par le rectorat durant une, deux ou trois années d’apprentissage selon leur niveau de départ. Pendant ces années, ils sont formés à un métier par des « hommes de métier », à savoir des Compagnons qui viennent eux-mêmes de finir leur parcours et qui transmettent à leur tour leur savoir-faire récent et à la pointe, pendant trois ans, avant qu’une nouvelle génération qui a acquis les dernières connaissances du métier ne les remplace. A la fin de cet apprentissage, les jeunes vont s’engager dans leur Tour de France, c’est-à-dire qu’ils vont se former en changeant d’entreprise tous les 6 mois ou un an, à travers la France, pendant 5-6 ans, avec l’obligation de partir à l’étranger pendant un an minimum. A la fin de ce parcours supérieur, ils ont la possibilité d’obtenir un Master.    
Pendant leur Tour de France, ces jeunes sont pris en charge, nourris, logés, blanchis, au sein des Maisons de Compagnons en échange d’une pension de 550€/mois. Dans ce cadre, ils reçoivent également des cours du soir, des cours de perfectionnement et assistent à des causeries, dispensés par des intervenants professionnels du privé et de tout horizon (commerçant, magistrat, informaticien, historien de l’art...).
Par ailleurs, nous sommes aussi un organisme de formation pour les salariés d’entreprises.
     
Quelle est votre fonction au sein de ce système complexe qui demande donc de nombreux recrutements et des profils très variés ?
Patrick Gillet : Je suis Directeur des Ressources Humaines au siège social de l’AOCTDF à Paris, qui est dédié aux régions et notamment à leur accompagnement en termes de recrutement. J’ai au sein de mon métier quatre fonctions : l’administration du personnel (contrats de travail, etc.), les relations sociales (avec six organisations syndicales), la gestion du personnel (plans de carrière, entretiens pros, grilles de salaires, etc.) et la formation des salariés. Au sein de la gestion du personnel, je m’occupe des recrutements qui sont de l’ordre d’environ 450 par an et qui s’ordonnent autour de trois axes : le recrutement des cadres, l’accompagnement du recrutement des formateurs aux métiers et l’accompagnement du recrutement des « prévôts » et « maîtresses de maison », deux postes clés dans les Maisons de Compagnons. Mon service apporte son expertise pour le recrutement en régions de ces postes. En ce qui concerne les recrutements à l’étranger, nous fonctionnons au niveau local par systèmes de partenariats avec les entreprises, des échanges, etc.
     
Quels sont vos besoins et enjeux au sein de ces 450 recrutements par an sur tout le territoire ?
Patrick Gillet : Nous avons l’avantage d’avoir notre propre vivier pour les postes de formateurs aux métiers puisqu’il s’agit majoritairement de Compagnons qui ont terminé leur Tour de France. Et pour ce qui est de leur formation aux pratiques pédagogiques nous faisons appel à des organismes spécialisés. De même, pour les prévôts qui sont les responsables des établissements d’accueil (les Maisons de Compagnons), ce sont eux aussi des hommes de métier qui se retrouvent à la tête d’une structure, très jeunes, et qui sont en lien avec les familles, les entreprises, les jeunes, les formateurs, et sont accompagnés par les cadres dans leur mission. Que ce soit pour les formateurs aux métiers ou pour les prévôts, les Compagnons restent sur ces postes généralement trois ans avant de laisser place à une nouvelle génération.
Les enjeux vont donc se situer plutôt sur le recrutement des cadres. Chaque région est gérée par un délégué régional et plusieurs cadres pour l’épauler : un responsable administratif et comptable, un responsable de la formation et un responsable commercial (ce dernier est en lien avec les entreprises pour placer les jeunes, pour leur présenter nos formations pour leurs salariés etc).
Et aussi sur le recrutement de ce qu’on appelle « les maîtresses de maison », historiquement « Les Mères » des Compagnons.
     
En quoi ce profil est-il le plus difficile à sourcer ?
Patrick Gillet : La fonction de « maîtresse de maison » prend ses origines dans le rôle de « La Mère » des Compagnons. Au Moyen-Âge, le Compagnon était logé chez l’aubergiste et la femme de ce dernier s’occupait de lui apporter la nourriture, lui trouver des vêtements... C’est ce rôle qui a évolué au sein du compagnonnage. « La Mère » du Compagnon est un repère social, une mère provisoire pour ces jeunes, coupés de leurs familles, loin de chez eux. La « maîtresse de maison » s’occupe donc du jeune sur divers plans, de l’administratif aux questions de santé, en passant par le soutien moral face à tous les problèmes que peut rencontrer un adolescent ou un tout jeune majeur. C’est une fonction de conseillère en économie sociale et familiale. Mais pas seulement : elle encadre aussi le personnel de restauration et d’hébergement de la maison. C’est un poste clé quand on sait que l’on a 10 000 jeunes en apprentissage ou itinérants. Et c’est un poste très difficile à sourcer à cause du profil demandé et du turn-over. Il n’existe pas en effet de profils ni de rubriques qui regroupent à la fois l’aspect socio-éducatif et l’aspect encadrement restauration et hébergement nécessaires à ce poste. Généralement on diffuse donc une annonce dans les trois catégories et on favorise les profils socio- éducatifs et on forme sur la restauration et l’hébergement.
Nous avons 60 postes en CDI de ce profil et nous en recrutons en moyenne une quinzaine par an. C’est un métier extrêmement épuisant mentalement et le turn-over est très important. Les personnes restent généralement sur ce poste pas plus de 10-15 ans. Nous nous engageons à les accompagner par la suite dans leur nouveau projet professionnel, car souvent ce sont des gens qui quittent le milieu socio-éducatif trop usant psychologiquement.
A noter également un autre profil pénurique : des hommes de métier qualifiés pour former aux métiers de maçon, plombier, couvreur. Ce sont en effet des métiers à très forte activité et il est donc difficile, même au sein de nos Compagnons, de trouver des formateurs qui aient assez de temps. Nous procédons dans ce cas à des partenariats avec des entreprises pour faire venir leurs salariés en tant que formateurs.
     
Quels sont vos autres leviers de recrutement en dehors donc de votre vivier de Compagnons ?
Patrick Gillet : Aujourd’hui toutes nos annonces d’emploi passent par Monster. Nous avons fait auparavant l’expérience de Pôle Emploi ou de supports locaux mais cela ne fonctionne pas pour nous. Alors que sur Monster nous avons 200 à 300 CV par annonce pour le personnel administratif, informatique, commercial, et 30 à 50 CV par annonce pour les conseillères socio-éducatives.
Nous avons aussi des promotions en interne ou des déplacements géographiques. Et plus rarement, en cas d’urgence nous faisons aussi appel à un cabinet de recrutement essentiellement sur les postes d’administratifs et comptables.
     
Quels outils Monster utilisez-vous ?
Patrick Gillet : Nous avons plusieurs services Monster. La prestation Monster Talent Consulting qui est un service dédié à nos besoins. Nous donnons à Monster la fiche de poste, les dates, et le service se charge de rédiger l’annonce, de l’optimiser et de la diffuser, ainsi que de sourcer et nous rediriger les candidats. Nous utilisons aussi la solution Monster Employer Branding qui permet aux candidats qui se connectent sur nos annonces d’avoir accès à tout notre profil et toutes nos informations. Nous avons ainsi une page de profil premium avec une présentation détaillée et une charte graphique attractive. De même, grâce à la campagne de trafic, un candidat peut avoir accès à la totalité de nos annonces dès qu’il est sur notre page ou sur l’une de nos annonces. Nous diffusons chez Monster 60 à 80 annonces par an pour 100% de résultats.
     
Quels liens entretenez-vous avec les équipes de Monster ?
Patrick Gillet : Nous avons d’excellentes relations avec les équipes de Monster. J’échange avec deux interlocutrices. La consultante en solutions RH et recrutement qui est une personne de terrain qui connaît bien les problématiques de recrutement et qui est force de propositions lorsque nous sommes en difficulté sur un recrutement. Chaque mois nous avons aussi des tableaux avec des statistiques qu’elle suit et sur lesquels nous échangeons. Nos contacts sont réguliers via mail ou téléphone. Ma deuxième interlocutrice est consultante en recrutement, elle est chargée de l’aspect plus technique comme la rédaction des annonces, la mise en forme. Elle nous fait des suggestions et nous propose des solutions adaptées à nos besoins.    
J’apprécie le fait de travailler avec les mêmes personnes, d’avoir toujours les mêmes interlocuteurs qui nous connaissent bien, qui viennent chez nous, qui connaissent nos problématiques, savent même parfois les devancer. Pour moi un prestataire de services, cela va au-delà des outils, c’est aussi une grande part d’humain.
     
Les Compagnons du Devoir en quelques chiffres :   
- 10 000 jeunes + 6 500 salariés formés par an
- 27 500 entreprises partenaires
- 1750 salariés dont 800 formateurs
- 450 recrutements par an    
- 183 sites d’accueil en France et à l’étranger dont 56 maisons de Compagnons - 66 pays et territoires où les Compagnons sont présents