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Égalité professionnelle F/H : 5 écueils à éviter

Égalité professionnelle F/H : 5 écueils à éviter

Monster Talk - Égalité professionnelle F/H : 5 écueils à éviter

La lutte contre les inégalités professionnelles F/H n’est pas exempte de pièges. Retour sur le débat sur la mixité organisé par Monster France le 8 novembre 2018.

Les entreprises mettent en œuvre des solutions pour aller vers plus d’égalité professionnelle F/H, mais certains dispositifs et attitudes peuvent être contreproductifs. Le débat organisé par Monster sur ce thème le 8 novembre 2018 fut l'occasion de questionner leur pertinence.

1. Les leurres de la flexibilité et du télétravail

L’étude Monster/YouGov sur l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes publiée en novembre 2018 révèle que la flexibilité des horaires apparaît comme une des solutions à mettre en place pour développer la mixité. Pour que cela soit vraiment une solution, « il faut une démarche active et consciente qui permette à tout salarié, homme ou femme, de travailler différemment, on n’y est pas encore », pointe Sophie Saveuse, directrice des opérations de Solantis, cabinet de chasse de recrutement spécialisé dans les profils IT et digital. Car lorsqu’une femme quitte son poste à 17h00, ou travaille à temps partiel, l’entreprise attend quand même qu’elle ait atteint ses objectifs à la fin de l’année, ou bien lui donne des objectifs inférieurs ce qui la renvoie à sa condition de femme. De même pour le télétravail. Partie du bureau à 17h00, la femme peut rentrer à la maison pour s’occuper de ses enfants puis, à 22h00, quand dorment enfin les marmots, se reconnecter pour continuer son travail. C’est à peu près en ces termes qu’un grand patron de média louait récemment les mérites du home office

2. Le piège de la soi-disant nature féminine

Dans l’imaginaire collectif, la femme est celle qui collabore, tisse le lien, prend soin des autres, etc. Cela fait des années que sa « nature féminine » lui ouvre les portes de certains postes de séniorité, que l’on pense qu’il faut du « leadership féminin » pour mener à bien telle transformation. Est-ce que la place dévolue aux femmes dépend de leur nature ?  « Aujourd’hui, les femmes ne peuvent pas se développer sur cette seule variable, en tout cas elles ne peuvent pas se projeter dans un monde qui va être technique, et où l’innovation est technologique, ne tombons pas dans le piège de valoriser certaines compétences soi-disant féminines », prévient Emmanuelle Larroque, fondatrice de Social Builder. Aux femmes de montrer qu’elles peuvent aussi taper du poing sur la table, par exemple quand on leur fait comprendre qu’on pourrait mettre en sourdine le sujet de l’égalité professionnelle.

3. Mettre le sujet de l’égalité F/H en sourdine par peur de déplaire

Parce que, oui, les sujets estampillés « féminins » peuvent agacer. L’arrivée d’une femme à la tête d’une entreprise fait souvent l’objet d’une communication spécifiant sa condition. « N’est-ce pas contreproductif à la longue ? », questionne Cédric Gérard, directeur marketing Europe du Sud et BENELUX chez Monster. « On peut aussi faire passer des messages de façon informelle », suggère Alexandra Rieu, responsable des Missions Seniors et Égalité professionnelle F/H de Synergie. Des excès et du rabâchage, il y en a, évidemment, mais c’est aussi en sachant déplaire — notamment en épinglant sur les réseaux sociaux les comportements et propos sexistes —, que l’on fait avancer les choses. « À un moment donné ça ne plaît pas — il y a des hommes que cela embête de devoir partager le pouvoir, c’est un fait, partout dans le monde —, mais on ne va pas recommencer à se taire », estime Catherine Reichert, experte en communication et vice-présidente Communication du comité ONU Femmes France.

4. Exclure les hommes du sujet de l’égalité

Les débuts du combat pour l’égalité professionnelle étaient assez exclusifs, les femmes le portaient à bout de bras. Il importe désormais de travailler de façon inclusive, d’autant plus que les hommes aux postes de middle management aujourd’hui seront potentiellement top managers demain. « La mixité, on la gagnera avec les hommes, il faut favoriser une culture d’appropriation du sujet par les managers hommes », souligne Angélique Lallouet, directrice Market Unit Services Publics France chez Capgemini. Le sujet pousse à s’interroger sur la féminité et la masculinité. Une initiative d’ONU Femmes, He for She, permet aux hommes de s’engager dans cette cause. Elle amène à déconstruire les stéréotypes qui pèsent sur les épaules des hommes et des femmes. Les hommes peuvent aussi se sentir désemparés face aux combats féministes, ou pas concernés (100% des messieurs invités à participer au débat étaient absents). L’association Jump pour l’égalité par exemple est de plus en plus sollicitée par des entreprises pour accompagner les hommes, leur apprendre à gérer leurs ressentis et perceptions (certains s’inquiètent de ne plus pouvoir blaguer au bureau sans passer pour sexistes), « des ressentis sur la présence des femmes et les politiques de mixité bien supérieurs à la réalité des effets », constate sa coordinatrice générale Marie Allibert.

5. Attendre d’être face aux inégalités pour les combattre

L’égalité professionnelle F/H se prépare dès l’enfance, par un travail sur les représentations. En 2018, l’enfant jouant aux Playmobil peut trouver normal de mettre maman dans l’avion et papa à la cuisine. Dans les cours de récréation, le terrain de basket, sport plus mixte que le football, peut remplacer le traditionnel terrain de foot qui occupe aujourd’hui 80% de l’espace. On doit sensibiliser les crèches au fait que les pères sont joignables, pas seulement les mères. Les adolescent.e.s peuvent trouver de nouveaux modèles chez les Youtubeuses qui refusent les diktats de la société. Alexandra Rieu, représentant aussi l'initiative Forum Mix&Métiers, en est convaincue, « le pouvoir du regard familial peut dépasser ce qui se passe dans la société et aider les filles à se poser les bonnes questions ».

Propos recueillis lors du Monster Talk dédié à l'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes qui s'est déroulé le 8 novembre 2018 en présence de Marie Allibert,  coordinatrice générale de Jump, Consuelo Bénicourt, directrice RSE du groupe Sopra Steria, représentant l'initiative Passer'Elles, Cécile Bernheim, présidente de Professional Women Network (PWN), Catherine Bonneville-Morawski, fondatrice du Club Com'Elles, Angélique Lallouet, directrice Market Unit Services Publics France chez Capgemini, Emmanuelle Laroque, fondatrice de Social Builder, Pauline Pham, associée dirigeante de Five by Five et cofondatrice de StartHer, Catherine Reichert, experte en communication et vice-présidente Communication du comité ONU Femmes France, Alexandra Rieu, responsable des missions Seniors et Égalité professionnelle F/H de Synergie, représentant l'initiative Forum Mix&Métiers, Sophie Saveuse, directrice des opérations chez Solantis, et Cédric Gérard, directeur marketing Europe du Sud et BENELUX chez Monster.

Sophie Girardeau