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Talents : pourquoi il faut reconsidérer les job-zappeurs

Talents : pourquoi il faut reconsidérer les job-zappeurs

Les job-zappeurs sont aussi des candidats agiles.

En 2018, peut-on continuer à (mal) considérer les job-zappeurs comme si rien, du monde du travail et du contexte économique, n’avait changé ?

Les « job-zappeurs », ces profils cadres qui changent très souvent d’entreprise (c’est-à-dire au bout de bien moins de 4 ans, durée moyenne dans un poste en 2014 selon l’édition 2015 de l’étude MobiCadres Nominations/Deloitte), n’ont généralement pas la cote auprès des employeurs. Notamment les profils financiers et commerciaux (volatiles au point de changer trois fois de job en deux ans pour certains) alors que cette attitude est tolérée chez les développeurs. Selon une étude Robert Half de 2015, 83% des DAF se déclaraient prêts à éliminer un candidat changeant souvent d’entreprise (trois fois en dix ans, c’est trop à leurs yeux). Nous proposons de poser un autre regard sur les « job-zappeurs », et voici pourquoi.

1. Parce que le contexte a changé

« En 2018, le zapping est relatif, il dépend de l’environnement et l’on n’est pas zappeur tout seul », souligne Hervé Simonot, associé fondateur du cabinet de recrutement Lapérouse Partners. Il y a dans le contexte actuel des explications à trouver :

  • la tendance pousse l’entreprise à faire correspondre ses intérêts et ceux des candidats pour créer de la valeur, des postes sont plus ou moins pérennes en fonction de cela ;
  • l’entreprise ne donne pas, ou peu, de visibilité à ses collaborateurs en termes de développement de carrière, et les candidats se sont adaptés à cet état de fait ;
  • quand des ruptures technologiques (1)  soudaines se produisent, l’entreprise cherche des compétences immédiates, pas toujours durablement ;
  • les jeunes ont la bougeotte (de tout temps mais plus encore aujourd’hui), aux États-Unis en 2013, les 20/34 ans changeaient d’entreprise tous les 2,3 ans selon l’United States Bureau of Labor Statistics ;
  • le marché du recrutement est extrêmement tendu et les candidats en ont compris les règles.

2. Parce qu’un job-zappeur a des qualités dont l’entreprise en mutation a besoin

Le « job-zappeur » (ou « job-hopper ») passe rapidement d’un job à l’autre, c’est un communicant, quelqu’un de connecté et de collaboratif. Son élément naturel est l’organisation matricielle (l’entreprise ouverte), il peut s’y épanouir et il y apporte notamment son adaptabilité.

« Avant, les recruteurs et les employeurs considéraient que l’acquisition de compétences étaient liées à la pérennité dans un poste ; aujourd’hui, il peut aussi être intéressant de voir que derrière ce zapping, il y a de l’agilité », pointe notre interlocuteur.

3. Parce qu’en changeant souvent d’emploi, on acquiert aussi des compétences

La durabilité dans un poste n’est pas le seul moyen d’acquérir des compétences, le changement fréquent d’environnement en est un autre. Une partie de la population le prouve, qui change de job tous les six mois : les consultants. « Pourquoi ces profils-là sont-ils « bankables » ? », pointe Hervé Simonot. Parce qu’en passant d’une mission à l’autre, ils découvrent différents environnements fonctionnels et sectoriels, rencontrent des interlocuteurs variés, développent un éventail de compétences plus large que la moyenne.

4. Parce qu’il faut creuser les raisons du zapping au lieu de le juger

Il s’agit de chercher à comprendre ce qui justifie ces changements de poste récurrents au lieu de les juger. « Si le parcours a permis de créer de la valeur et de la compétence, c’est au recruteur de mesurer le risque de choisir un candidat qui a une volatilité supérieure à la moyenne », poursuit-il.

5. Parce que derrière le zapping, il y a une fidélité à conquérir

Un zappeur est aussi un « cœur à prendre », pour reprendre la formule d’Hervé Simonot. Derrière le zapping, il y a une fidélité à conquérir, un profil peut-être particulièrement sensible à un message de marque employeur, aux efforts que déploie l’entreprise pour améliorer la qualité de vie au travail (QVT), sujet auquel sont éminemment sensibles les Millennials, dont la « bougeotte » déboussole bon nombre de recruteurs. « Le candidat zappeur oblige les parties prenantes du recrutement à se poser plus de questions, c’est nécessaire à l’heure où une génération qui voit le travail autrement arrive sur le marché », observe-t-il.

6. Parce que certaines structures poussent au zapping

Certaines organisations ne permettent pas de faire évoluer les compétences. Dans un monde qui exhorte à leur mise à jour permanente, il est normal de changer d’entreprise si elle n’en donne pas la possibilité. D’autres sociétés promettent plus qu’elles ne font en réalité alors que l’attente de cohérence est forte chez les candidats, il est normal de partir quand on est fortement déçu.

Sophie Girardeau

(1) Arrivée d’une technologie qui supplante et remplace les précédentes — par exemple, le mini-ordinateur, qui a remplacé les ordinateurs centraux, et qui est lui-même remplacé par l’ordinateur personnel.