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Les Millennials et l’emploi : entre soif de liberté et besoin de sécurité

Les Millennials et l’emploi : entre soif de liberté et besoin de sécurité

Malgré un contexte morose, les jeunes Français expriment leur confiance, en l’avenir et en eux. Pour preuve, leur envie d’entreprendre, qu’il faut accompagner.

« Quand on parle de la jeunesse, on parle de situations très disparates » : Monique Dagnaud, directrice de recherche au CNRS et auteure (notamment Génération Y : les jeunes et les réseaux sociaux, de la dérision à la subversion, et Le modèle californien) insiste sur ce point. « On dit qu’un quart des 15/25 ans est au chômage en France par exemple, or dans cette tranche d’âge, on compte 36% d’actifs, c’est-à-dire qu’on analyse un quart sur 36% d’actifs, sachant que l’école est obligatoire jusqu’à 16 ans et que la majorité de ces jeunes est en train d’étudier », développe-t-elle. Entre les Bac+5 diplômés d’école de commerce ou d’ingénieur et les jeunes sans aucun diplôme, dont 60% sont au chômage trois ans après leur sortie de l’école, il n’y a pas de comparaison possible en effet. Affinons donc le portrait des jeunes européens interrogés dans le cadre de l’étude, menée en 2016 par YouGov pour Monster. Ils ont entre 18 et 36 ans, sont actifs, diplômés et vivent et travaillent en Allemagne, en France, aux Pays-Bas ou au Royaume-Uni.

Entrée sur le marché du travail : le pessimisme à la française

En France, les jeunes baignent dans la sinistrose. Si l’étude révèle que la moitié des Millennials cherchent des opportunités et montrent une certaine confiance dans l’issue de leurs recherches, « 60% des jeunes Français ont une perception négative du marché du travail et pensent que leurs aînés ont eu plus de facilités à entrer dans la vie active. C’est une vraie différence par rapport aux autres pays », note Cédric Gérard, directeur marketing Europe du Sud et BELUX de Monster.
Lauriane Fressy, entrepreneuse de 26 ans, directrice associée chez
Il était une pub, pointe les discours ambiants : « On nous inculque à l’école qu’on va galérer, qu’on ne fera pas le même job toute notre vie, on est préparés à ça. » Des débuts précaires (stages, CDD…), même pour les plus diplômés, fabriquent de l’inquiétude et du découragement.

Pour continuer à expliquer ce pessimisme tricolore, rajoutons-en en pensant au monde tel qu’il va aujourd’hui : crise environnementale, idée de dette générationnelle qui imprègne l’inconscient collectif, remise en cause de la société capitaliste, terrorisme, sentiment que les générations précédentes en ont profité, difficulté à se projeter… Sans perspective d’emploi à vie, « prévoir d’acheter une maison sur trente ans, d’avoir une famille, des enfants est un luxe aujourd’hui pour beaucoup de gens », remarque Olivier Lallier, directeur du développement du Lab RH. Rien de vraiment neuf pourtant. La génération précédente a connu les années de plomb, elle arrivait sur le marché du travail sans rien connaître du monde de l’entreprise. En 2000 aussi il fallait faire preuve d’adaptabilité et le marché de l’emploi toussait déjà.

Liberté chérie… ou redoutée

La colère contre les générations précédentes est « un phénomène de la jeunesse quelle que soit l'époque », relativise Anne Decouzon, RRH chez Soft Computing, « ce qui change aujourd’hui c'est l'accès à l’information et à l’entrepreneuriat. Les jeunes sont partagés entre une solution qui leur plaît à moitié (un poste en entreprise) et une autre qui les fait rêver (être leur propre patron), mais vers laquelle ils n’ont pas forcément le courage d’aller ». Ainsi, 46% des Millennials français disent leur envie de création d’entreprise ou de travail indépendant, mais se projettent salariés en entreprise dix ans plus tard.

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Créer sa boîte, être freelancer sont deux choses qui vont très bien avec l’idée de liberté. Elles renvoient à « un mode de vie qui permet de concilier pas mal de choses, qui répond à la question du sens, à tout ce qui, aujourd’hui, est attaché à l’idée du travail, que l’on trouve plutôt dans les petites structures et pas du tout dans les grandes entreprises nationales et internationales », note Monique Dagnaud. En même temps, les indépendants représentent seulement 11% de la société française, « c’est le modèle de la startup que l’on vend en France comme un idéal », nuance Céline Parsoud, présidente de WoMen’Up. « L'entrepreneuriat est la composante d'une carrière multiple, on doit tous être préparés à devenir entrepreneur à un moment, et je connais des entrepreneurs qui retournent en CDI parce que leur projet n’a pas marché », observe-t-elle.

Développer les savoir-être, une nécessité pour accompagner les talents et les mutations

Les RH doivent composer avec les aspirations des nouvelles générations, demandeuses de sens, et de flexibilité pour plus d’équilibre vie pro/vie perso, et avec les mutations du monde du travail embarqué dans la transformation digitale. Ce qu’a observé Alexandre Thomas, directeur associé chez Kantar Added Value, en travaillant sur la transformation numérique du marketing, est valable pour tous les métiers : « On se demande comment faire le lien entre des gens hyperspécialisés d’un point de vue technique et technologique mais incapables de se parler et dépourvus de savoir-être managérial. Pour cela, on a besoin d’apporter un fonctionnement RH, d’insuffler un esprit d’équipe, ce qui n’existe pas dans ces métiers très techniques, qui doivent s’ouvrir aux autres métiers de l’entreprise. » C’est en cassant les silos qu’on entre dans « des logiques où les prises de décisions viennent du collectif et plus seulement d’en haut, et où le manager évolue vers un rôle de coordinateur de l’intelligence collective », confirme Olivier Lallier.

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Chez Mazars, on s’y emploie. Cette organisation « hyper hiérarchisée » , comme la qualifie Mathilde Le Coz, directrice innovation RH du cabinet, a réalisé avec WoMen’Up une étude sur la Génération Y. Elle révèle que plus de 70% des jeunes sondés estiment être des innovateurs mais trouventque leur environnement professionnel n’est pas propice à l’épanouissement de cette caractéristique. Mazars a décidé de promouvoir l’intrepreneuriat, en organisant par exemple des hackathons. « On leur a dit clairement : allez-y, soyez maîtres de votre trajectoire ! », explique-t-elle. Mais le domaine de l’audit relève davantage du contrôle que de la création. Créer rime avec prise de risque et capacité à naviguer à vue, ce qui peut déstabiliser bon nombre de collaborateurs. Le cabinet a par exemple mis en place une boîte à idées digitale, permettant à tous, des Partners aux assistants, de proposer des idées sur des thématiques différentes (bien-être, nouveaux métiers…). Les idées ne manquent généralement pas, c’est plutôt au stade de la concrétisation que les choses se compliquent et que les collaborateurs perdent confiance en eux.

Soutenir la dynamique créative nécessite un accompagnement, via du coaching, de la formation aux outils de créativité et au pitch, du brainstorming, de l’idéation, du design thinking, etc., et demande de leur expliquer les contraintes de l’entreprise plutôt que, du haut de sa position hiérarchique, refuser ou valider une idée. Parfois, c’est l’absence de sens qui stoppe l’élan. « On leur apprend qu’il faut être porteur de valeurs. Parfois ces jeunes décident d’eux-mêmes de ne pas aller plus loin quand ils réalisent que leur idée n’est pas porteuse de sens, car le but et l’intérêt de cette démarche est bien l’auto-apprentissage », conclut-elle.

Propos recueillis lors de la première édition des Monster Talks qui s’est déroulée le 2 mars 2017 sur le thème « Les Millennials et leur rapport à l'emploi » en présence d’Anne Decouzon, RRH chez Soft Computing, Monique Dagnaud, directrice de recherche au CNRS et auteure (notamment Génération Y : les jeunes et les réseaux sociaux, de la dérision à la subversion, et Le modèle californien), Lauriane Fressy, directrice associée chez Il était une pub, Olivier Lallier, directeur du développement du Lab RH, Mathilde Le Coz, directrice innovation RH chez Mazars, Céline Parsoud, présidente de WoMen’Up, Alexandre Thomas, directeur associé chez Kantar Added Value, et Cédric Gérard, directeur marketing Europe du Sud et BELUX de Monster.

Sophie Girardeau