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Femmes et Millennials, même combat

Femmes et Millennials, même combat

Flexibilité du temps de travail, reconnaissance, méritocratie… : les demandes des jeunes font écho à celles des luttes féministes, luttes encore d’actualité.

« Les Millennials sont la première génération ambassadrice des combats féministes des trente dernières années », remarque Céline Parsoud, présidente de WoMen’Up, association qui agit pour faire évoluer la parité, la place de la Génération Y et l’entrepreneuriat. Première génération dont les mères ont toutes (ou presque) travaillé et qui a fait ses études dans un contexte mixte, il lui est difficile de concevoir que les écarts de salaires entre les hommes et les femmes subsistent au 21e siècle. Mais à l’arrivée dans l’entreprise, les écarts de salaire et le plafond de verre, voire le sexisme, sont un choc. Les stéréotypes le renforcent, parfois nourris par les femmes elles-mêmes.

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Une génération très imprégnée par les stéréotypes de genre

Lauriane Fressy, entrepreneuse de 26 ans, directrice associée chez Il était une pub, ne revient toujours pas des conseils que certaines lui ont donné, dans des environnements majoritairement féminins : il faut « assumer sa féminité » en portant jupe et talons quand on va en clientèle, ou troquer sa « voix enjouée contre une voix suave »... Monique Dagnaud, directrice de recherche au CNRS et auteure, notamment de Génération Y : les jeunes et les réseaux sociaux, de la dérision à la subversion, trouve en effet que les stéréotypes vestimentaires sont plus contraignants que pour les générations d’avant. « Des normes sociales assez sidérantes sont imposées aujourd’hui, notamment en matière de chaussures : il faut avoir des talons hauts en entreprise, on peut être une femme de pouvoir, mais il faut être sexy », pointe-t-elle.

L’égalité leur semble acquise

L’étude réalisée par WoMen’Up auprès de la génération Y du cabinet d’audit Mazars révèle que 70% de ces jeunes sont interpellés par la question de l’égalité de genre, mais seulement 10% la voient comme un sujet de lutte. Alexandre Thomas, directeur associé chez Kantar Added Value, observe que le sujet de la diversité a remplacé celui de la parité quand on s’est dit que l’égalité homme-femme était acquise. Or, de façon inquiétante, « on recommence à se poser la question de l’égalité, et le droit des femmes au niveau mondial est en régression depuis 2013, c’est dramatique », constate-t-il.

La culture digitale, un moyen de contourner certains freins structurels

En arrivant dans l’entreprise en pleine transformation digitale, une jeune femme peut dire qu’elle sait mieux faire qu’un supérieur hiérarchique en fin de carrière, parce qu’elle connaît le digital depuis toujours : c’était le postulat d’Axelle Lemaire, secrétaire d’état chargée du numérique lors du lancement le 31 janvier 2017 du Plan sectoriel mixité dans les métiers du numérique. Un postulat que Céline Parsoud trouve intéressant : « Maintenant que tant de choses sont accessibles grâce au numérique, un jeune peut être aussi compétent qu’un senior sur certains sujets ; une bascule de l’information et de l’apprentissage s’est opérée. » On peut espérer que la culture digitale permette aux femmes et aux jeunes de contourner certains freins structurels des entreprises, d'aplatir les hiérarchies, de gagner en flexibilité.

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Contrer les stéréotypes au stade de la vie professionnelle : que du correctif

Alors que ce combat semble un peu oublié par les jeunes générations, Anne Decouzon, responsable des Ressources Humaines chez Soft Computing, souligne l’importance du rôle des RH pour rappeler que le sexisme existe bel et bien et que ce n’est pas parce qu’il est inhérent à la société qu’on doit l’accepter : « Les jeunes femmes doivent savoir que le congé parental et l’absence pour enfant malade ne relèvent pas que d’elles, les pères peuvent aussi gérer ces questions. » Chez Mazars, où 90% des associés sont des hommes, le débat est très difficile à faire avancer. Les jeunes ont tendance à penser qu’il n’y a pas de sujet, or, comme le pointe Mathilde Le Coz, directrice innovation RH du cabinet, « il y a bien un déséquilibre quand un jeune homme a un modèle de représentation au-dessus de lui tandis qu’une jeune femme talentueuse n’en a pas ». Qui plus est, à dire qu’on est tous égaux, on finit par lisser les différences entre les femmes et les hommes, il devient même impensable d’en parler. On s’interroge sur l’efficacité des démarches différencialistes (management et leadership au féminin, talent féminin, etc.), et même sur l’efficacité des démarches initiées pas les entreprises. « Les actions mises en place pour contrer des stéréotypes ancrés depuis longtemps ne sont que du correctif, en entreprise on intervient à la fin d’une éducation qu’il faut déconstruire, on arrive trop tard », remarque Céline Parsoud.

Hommes et femmes, même combat

Il manque encore de solidarité intergénérationnelle, les actions sont principalement tournées vers les populations de femmes de 40/45 ans arrivées au niveau middle management et en train de se cogner au fameux plafond de verre. Comme s’il fallait attendre ce moment pour faire progresser l'égalité, progrès qui bénéficierait également aux hommes car eux aussi aspirent à plus d’équilibre. « Équilibre de vie pro/vie perso, flexibilité du temps de travail, méritocratie, être jugé et reconnu pour ses compétences : ce que les femmes ont toujours demandé dans leur vie professionnelle, les jeunes le demandent aussi », conclut-elle.

Propos recueillis lors de la première édition des Monster Talks qui s’est déroulée le 2 mars 2017 sur le thème « Les Millennials et leur rapport à l'emploi » en présence d’Anne Decouzon, RRH chez Soft Computing, Monique Dagnaud, directrice de recherche au CNRS et auteure (notamment Génération Y : les jeunes et les réseaux sociaux, de la dérision à la subversion, et Le modèle californien), Lauriane Fressy, directrice associée chez Il était une pub, Olivier Lallier, directeur du développement du Lab RH, Mathilde Le Coz, directrice innovation RH chez Mazars, Céline Parsoud, présidente de WoMen’Up, Alexandre Thomas, directeur associé chez Kantar Added Value, et Cédric Gérard, directeur marketing Europe du Sud et BELUX de Monster.

Sophie Girardeau