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Les contraintes de l’alternance sont-elles bien comprises ?

Autrefois perçue comme une voie de garage, l’alternance bénéficie aujourd’hui d’une image positive et son développement dans l’enseignement supérieur y a contribué. Ses contraintes ne sont toutefois pas toujours bien comprises, par les jeunes, les écoles ou les entreprises.

Une dizaine d’écoles de l’enseignement supérieur étaient prêtes à prendre la parole sur le sujet. Aucune positionnée sur les niveaux IV et V (CAP, BEP, Bac pro). Et d’entreprises, une seule. Nous pourrions en tirer des conclusions. Cela confirme-t-il un changement réel dans la perception de l’alternance, non plus choisie par défaut mais perçue aujourd’hui comme une « voie d’excellence » ? Il y a matière à débattre, notamment parce que l’alternance dans le supérieur n’est pas représentative de la réalité de l’alternance dans son ensemble.

Bien que l’image de voie de garage subsiste encore parfois dans l’esprit des familles, son image a évolué, c’est certain, « depuis que l’approche diplôme est arrivée, avec la réforme de la formation professionnelle de 2004, et que l’alternance est déployée sur des qualifications post bac », note Sophie Crespy, directrice de CESI Alternance. Son développement dans l’enseignement supérieur a « un effet d’entraînement sur les niveaux IV et V, de même en ce qui concerne la reconnaissance du dispositif en entreprise, les compétences des alternants sont reconnues, on arrive à mieux les faire réussir, leurs compétences sont différentes, moins livresques mais utilisables », observe pour sa part Corinne Renault, directrice de la formation continue et du CFA de l’Université du Havre.

« On trouve engagés dans l’alternance des publics mal préparés à ses exigences »

L’alternance est vue comme un accélérateur d’insertion professionnelle ; les jeunes comprennent généralement qu’il s’agit d’une embauche, ce que cela suppose de préparation de leur candidature et d’engagement dans l’entreprise. Cependant, « ils cèdent souvent aux sirènes de l’alternance car il s’agit, pour eux, d’une solution de financement qui conditionne la poursuite de leurs études, constate Pascal Petit, responsable commercial chez IDRAC Business School. On trouve ainsi engagés dans ce cursus des publics mal préparés aux exigences de ce rythme de formation pour lesquels l’Eldorado tant espéré se transforme vite en échec douloureux – environ 25% environ des jeunes qui décident d’effectuer leur BTS en alternance renoncent en cours de route ». Pour lui, en ce qui concerne l’enseignement supérieur, le dispositif ne devrait être accessible qu’aux meilleurs car il nécessite une grande capacité de travail.

L’alternance fonctionne quand le jeune est suffisamment mûr pour se confronter au monde de l’entreprise, quand il sait exactement quel métier il veut faire et quels sont ses débouchés professionnels. « Le rôle de l’école est de l’aider dans son choix. Mener ce travail est compliqué car il faut bien mesurer la motivation du jeune, faire comprendre les exigences de l’alternance, demander à l’entreprise de bien définir le poste pour créer un bon couple », poursuit Sophie Crespy. Selon une étude conduite par l’ANDML (Association Nationale des Missions Locales) en avril 2013, « le risque de rupture (ndlr : de contrat d’alternance) est d’autant plus élevé que le niveau de formation est faible : la proportion atteint 22% lorsque le diplôme préparé est de niveau V et descend à 8% pour les apprentis de l’enseignement supérieur ».

« Nouvelle source de financement, nouveau modèle pédagogique ou professionnalisation et employabilité ? »

Les écoles ont trouvé quant à elles une nouvelle source de revenus avec l’alternance. Cependant, se positionner sur ce dispositif implique qu’elles fassent évoluer leur modèle. « Les grandes écoles et plus généralement l’enseignement supérieur s’y intéressent depuis une vingtaine d’années, les raisons profondes de cet intérêt ne sont pas toutes louables, nouvelle source de financement, nouveau modèle pédagogique ou professionnalisation et employabilité ? », questionne Laurent Espine, directeur national du réseau EPSI« Il est clair que les revenus de l’alternance compensent la baisse des financements d’État », admet Stéphane Lauwick, directeur de l’IUT du Havre.

Pour autant, tous les établissements n’ont pas, ou de façon insuffisante, adapté leurs programmes aux contraintes du dispositif et ont procédé par copier-coller de leurs programmes existants. La cadence de l’alternance n’est pas forcément adaptée à certains BTS (NRC, négociation et relation client, par exemple). Pour plus de flexibilité, « il faudrait pouvoir changer la durée de l’alternance, mais des contraintes légales l’interdisent : le contrat de professionnalisation est de 24 mois maximum avec 25% de temps de formation. Il y a trois ans on interdisait de faire du contrat pro sur du contrat pro et ça évolue sans cesse, à coup de petits ajustements », pointe Pascal Petit.

« Rapporté au temps passé dans l’entreprise, il devient plus cher de recruter un alternant qu’un jeune diplômé »

Confrontée à la signature d’un contrat, l’entreprise sait en principe où elle va. « Mais il existe des lacunes au niveau de l’information en amont, pour bien comprendre de quoi est fait l’alternance, comment faire la différence entre l’apprentissage et le contrat de professionnalisation, comprendre les aides et les méandres de l’écosystème », constate Nathalie Lambertz, chargée de mission Alternance pour l’EM Normandie. L’école, les OPCA, les CFA ont un rôle à jouer pour informer les entreprises. Ces dernières savent qu’elles ont un salaire à payer mais elles sont nombreuses à ne pas connaître les échelons en fonction du niveau de diplôme obtenu et validé et en fonction de l’âge de l’alternant. Elles se demandent aussi quel sera le niveau de financement de la formation du jeune pris en charge par l’OPCA. « Pour une prise en compte du coût total, l’entreprise doit parfois investir en parallèle du financement de l’OPCA », ajoute-t-elle.

Depuis que les aides financières ont diminué, embaucher un alternant est devenu en effet un réel investissement pour les entreprises. Aussi bon soit le dispositif, c’est son coût qui fait l’arbitrage, ainsi que la volonté de l’entreprise de jouer son rôle social, mais à quel prix donc. « Les entreprises ne se retrouvent pas toujours dans le dispositif. Son schéma est excellent sur le fond mais insuffisamment utilisé car, rapporté au temps passé dans l’entreprise, il devient plus cher de recruter un alternant de l’enseignement supérieur qu’un jeune diplômé classique », explique Jean-Marc Mickeler, associé DRH chez Deloitte. Aujourd’hui, pour de grandes entreprises comme Deloitte, multi-sollicitées par les écoles (sponsor de chaire, contribution en capital, ensemble de la vie étudiante, apprentissage…), c’est d’équilibre et de payer le juste écot dont il est question, pas de payer l’ensemble d’une formation.

Sophie Girardeau

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