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Le dispositif emploi d’avenir a rempli sa mission sociale

L’objectif de recrutement des emplois d’avenir a été revu à la hausse au début de l’été. Pour les collectivités territoriales, le bilan est positif même si des bémols se font entendre sur le volet formation.

« Je viens d’avoir un mail de la Direccte me disant que je peux continuer à prescrire, cela veut dire que les financements sont là. » Pour Philippe Jourdan, directeur de la mission locale du bassin d’emploi de Rennes et vice-président de l’Association nationale des directeurs de missions locales (ANDML), le dispositif emploi d’avenir, créé en octobre 2012, a non seulement trouvé son rythme de croisière mais encore, il est, au regard d’autres contrats aidés, « le meilleur dispositif d’insertion professionnelle des jeunes non qualifiés ».

Des chiffres le confirment : 50 000 recrutements supplémentaires ont été décidés en juin, ce qui porte l’objectif à 200 000 recrutements d’ici fin 2014, dans les collectivités territoriales, les associations et le secteur marchand. Quant à l’objectif initial de 150 000, il a été atteint fin août. Sur ces 150 000 jeunes, « 39 000 ont été recrutés par les collectivités territoriales, c’est moins d’un tiers mais il sera atteint en fin d’année », indique Jérémy Blazquez, directeur du projet emplois d’avenir au Centre national de la fonction publique territoriale (CNFPT).

Puis des indicateurs qualitatifs : le taux de rupture, en dessous des 10%, est « bien inférieur à celui d’autres contrats aidés », commente Philippe Jourdan ; le taux de renouvellement – plus de 90% des CDD d’un an ont par exemple été renouvelés dans le bassin d’emploi de Rennes ; l’engagement des communautés territoriales : prudentes au début, elles en redemandent.

Il faut néanmoins tempérer ces résultats en fonction des bassins d’emploi. Selon le CNFPT, c’est-à-dire au regard du nombre de jeunes inscrits à ses formations, on trouve parmi les régions les plus dynamiques, le Nord-Pas-de-Calais (10% de l’ensemble des inscrits au niveau national), puis le Languedoc-Roussillon, la région PACA. « En Île-de-France, il y a encore un gros potentiel de formation CNFPT au regard des effectifs, ceci dit, passer par notre dispositif n’est pas obligatoire », note Jérémy Blazquez.

Le tutorat, clef de voûte du dispositif 

« Là où ça fonctionne, c’est là où c’est le mieux encadré, d’où les moyens qu’il faut se donner pour réussir », souligne le DRH de Bondy, Jean-Renaud Seignolles. Dans cette ville pilote, 45 emplois d’avenir sont pourvus, sur un objectif de 50. « Nous devons encore identifier des besoins et finaliser les profils de poste des prochains », explique-t-il. À ses yeux, les emplois d’avenir ont été un élément régulateur pour un territoire comme la Seine-Saint-Denis, ils ont permis aux employeurs d’absorber une précarité sociale, « c’est une des grandes réussites du dispositif, il remplit sa mission sociale ; que les missions locales pilotent le dispositif est une bonne chose, cela donne une dynamique à la relation sociale et avec l’employeur ». La mairie de Bondy s’est donné les moyens. Elle a créé un poste spécifique qui pilote la démarche, mis en place un système de tutorat dans une logique de qualité, sur la base du volontariat donc, travaillé main dans la main avec la mission locale. Elle a doublonné des postes afin de permettre la transmission des savoirs entre les jeunes recrutés et les agents territoriaux qui vont prendre leur retraite. Dans cette collectivité, les métiers techniques (espaces verts, reprographie, agent territorial spécialisé des écoles maternelles (Atsem), aides à domicile, aide-soignant…) sont plus représentés que les métiers administratifs.

Manque de réactivité au niveau de la formation

Des bémols se font néanmoins entendre. À propos de la rigidité du poste, dédié et identifié dès le départ. « Si le jeune réalise que cela ne lui convient finalement pas, il n’y a pas de possibilité de faire évoluer le poste », regrette le DRH de Bondy. Ils concernent aussi le dispositif de formation. Celui-ci comprend un module dédié à l’intégration et d’autres dédiés à la professionnalisation du geste technique en fonction du métier (signalisation voirie, techniques d’hygiène et de désinfection des locaux, débroussaillement, abattage, entretien petit matériel d’espaces verts…). Outre un déficit d’information sur son financement au démarrage en 2012, on reproche à l’appareil de formation son manque de réactivité. En tant que ville pilote, Bondy a pu ainsi déplorer le peu de répondant du CNFPT pour, dès le début, mettre en place la formation d’intégration à l’environnement du secteur public. « Ces jeunes recrutés n’ont jamais travaillé, ils sont en difficulté sociale forte, cette formation est nécessaire. Nous voulions aussi former les tuteurs mais l’absence de réactivité du CNFPT nous a conduit à créer notre propre livret d’accueil en interne, pour aider les tuteurs à faire leur travail », pointe Jean-Renaud Seignolles. Philippe Jourdan estime quant à lui qu’il faut « renforcer le geste professionnel et penser aux formations périphériques au métier en lui-même ; en zone rurale par exemple, des jeunes ayant tous les critères pour être recrutés ne l’ont pas été car ils n’avaient pas le permis de conduire ».

Au CNFPT, on n’ignore pas les critiques, on explique le décalage par la lenteur des rouages de la machine formation. « Le dispositif de formation a été conçu rapidement au démarrage des emplois d’avenir. Cela aurait été plus efficace de le construire plus en amont, au même moment que le dispositif de recrutement », reconnaît Jérémy Blazquez. Le CNFPT organisait d’ailleurs un colloque le 23 septembre dernier, pour faire notamment le point sur les possibilités en termes de formations diplômantes pour ces jeunes qu’il faut accompagner, « et cela doit se faire collectivement » insiste-t-il, dans l’obtention d’un certificat professionnel.

Sophie Girardeau